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Des écotouristes au Népal : rendez-vous à Namche Bazar Pendant des siècles, le village de Namche Bazar, au pied du massif de l'Everest, a été un carrefour d'échanges réputé. De nos jours encore, des marchands franchissent les cols enneigés pour se rendre aussi loin que le Tibet et les pentes environnantes où ils troquent du sel et de la viande de yack contre du riz, du millet et d'autres denrées. Les propriétaires de centres d'hébergement, quant à eux, vont au marché du samedi pour acheter des vivres prisés par les touristes : beurre d'arachides, friandises Mars et Snickers et rouleaux de papier de toilette.Vingt ans de tourisme intensif ont eu de profondes répercussions sur le mode de vie des Sherpas ainsi que sur l'environnement dont ils dépendent. «Je me souviens qu'en 1970 les excursionnistes faisaient leurs premières apparitions ; nous nous pressions pour voir les hommes blancs», nous dit le Sherpa Anu qui a passé toute son existence à Namche Bazar. Il avait 11 ans à l'époque, un an à peine de scolarité, et portait des vêtements de laine de yack et des souliers en peau de buffle. Le Népal va-t-il s'occidentaliser ? Aujourd'hui, Anu possède un bar-restaurant coiffé d'une antenne parabolique. Tandis que sa femme regarde des films sur une chaîne, il acclame l'équipe australienne de cricket sur le réseau des sports.Namche Bazar se développe de manière accélérée. Ce printemps, au moins une demi-douzaine de nouveaux pavillons pour touristes (des bâtisses en pierre ornées de poutres de bois provenant des bordures de la forêt protégée du parc) sont en voie de construction. Dans cette collectivité d'un millier d'habitants, le prix des terrains, dit-on, atteint presque celui de Kathmandou dont la population est de plus de 400 000.En 1994, plus de 325 000 touristes visitaient le Népal ; ils étaient 46 000 en 1970. Ascensionnistes et randonneurs viennent vivre l'expérience du Grand Himalaya, tandis que d'autres voyageurs découvrent, émus, le rhinocéros et le tigre dans les réserves fauniques du sud comme le parc national Chitwan. Dans la région de l'Annapurna et de Sagarmatha (mont Everest), les touristes gonflent de quatre à cinq fois la population des villages de montagne. Ils versent quelque 70 millions de dollars américains par année dans les coffres de l'État, constituant ainsi la plus importante source de devises. Nettoyer, recycler, conserver D'ici à la fin de la décennie, le Népal prévoit attirer jusqu'à un million de touristes par année. «Le potentiel touristique est immense», déclare Kumar Prasad Paudel, secrétaire adjoint du ministère du Tourisme et de l'Aviation civile. «Nos méthodes s'inspirent de l'écotourisme et nous voulons sensibiliser les gens à la qualité de l'environnement.» La popularité a un prix et, jusqu'à récemment, l'environnement s'est progressivement dégradé. Bien que les expéditions se soient succédé régulièrement au mont Everest et à d'autres sommets depuis l'ascension d'Edmund Hillary et de Tensing Norgay en 1953, ce n'est qu'il y a cinq ans que les Népalais ont organisé le premier nettoyage du camp de base. Ils ont retiré du site 500 charges de yack équivalant à 30 000 kg de déchets abandonnés.La société des ascensionnistes du Népal négocie avec les autorités gouvernementales la possibilité d'un nettoyage annuel du camp. «Aujourd'hui, il est très propre mais des déchets sont toujours apparents sur certaines voies», commente Dorjee Lama, rattaché au bureau du Comité de protection de l'environnement de Khumbu, à Namche Bazar. À l'extérieur de Lukla, par exemple, où est située la piste d'atterrissage la plus proche, des débris de bouteilles de bière et autres détritus jonchent les massifs de rhododendrons à fleurs rouges. Mais il est encore plus courant de trouver des fosses remplies de déchets qui doivent être incinérés un jour, sans oublier les dépotoirs où sont stockées bouteilles et canettes en attendant d'être ramenées par avion à Kathmandou pour être recyclées. Des fonds pour la conservation Il y a plusieurs années, le gouvernement a accepté de remettre une partie des recettes tirées des excursions dans les régions de Sagarmatha et de l'Annapurna à des groupes comme Khumbu pour qu'ils entreprennent des activités de nettoyage et de conservation. «Nous étions las d'entendre répéter que l'Everest était devenu une poubelle», affirme le Sherpa Mingma Norbu du Fonds mondial pour la nature (WWF). Le WWF assure la mise de fonds initiale maisc'est le lama du monastère local de Thyangboche qui a mis sur pied le groupe Khumbu. Plutôt que de se tourner vers un politicien, le Sherpa Mingma Norbu a préféré demander au lama son soutien. Au sein de la collectivité bouddhiste des sherpas, « lorsque le lama parle, tout le monde écoute ; la voix d'un politicien n'a aucun écho.» Malgré l'appui du lama, il a fallu trois ans et demi pour persuader le gouvernement d'imposer des permis touristiques. Aujourd'hui, ces permis génèrent plus de 500 000 $CAD par année qui sont versés au projet de la zone protégée de l'Annapurna. «Voilà une retombée directe du tourisme. Les sommes sont employées à la protection de la biodiversité et de la culture autochtone», déclare le Sherpa Mingma.Grâce à des initiatives comme celle-ci, les écologistes affirment que la région du mont Everest est aujourd'hui en voie de réhabilitation. «Je surveille l'état des lieux depuis trente ans et le site se porte bien», confirme Malcolm Odell, du projet de protection de la nature Makalu-Barun que finance en partie le CRDI : «J'ai observé plus de faune dans les deux jours [ d'une visite récente ] que dans les deux années pendant lesquelles j'ai vécu sur place.» Restaurer un milieu fragile Un grand nombre d'espèces qu'Odell qualifie d'indicateurs clés tels que le musc et le tahr de l'Himalaya semblent florissants de santé. «Lorsque je les vois errer à travers le village, j'ose croire que les autres espèces se portent bien aussi.» Mais cela ne signifie pas qu'aucune menace ne pèse sur le milieu.Selon le Sherpa Mingma Norbu, tout randonneur exerce une certaine contrainte sur cet environnement qui restera toujours fragile. Au-dessus de 4 000 mètres la végétation pousse avec une lenteur extrême, fait-il remarquer. En outre, le groupe de randonneurs qui n'utilise pas de kérosène consomme en une journée dix fois plus de bois de chauffe qu'une famille de montagnards ! «Aujourd'hui, ajoute-t-il, les gens qui cultivaient les champs ou qui gardaient les troupeaux de yacks travaillent maintenant comme guides et se mettent au service des touristes. De tels changements ont donc un impact indirect sur le mode de vie traditionnel.» L'ultime défi La possibilité de modifications intempestives incite l'équipe du projet Makalu- Barun à la prudence. Situé un peu à l'est du mont Everest, la zone protégée du parc national de Makalu-Barun embrasse des forêts tropicales humides à peine au-dessus du niveau de la mer ainsi que de majestueux sommets montagneux. Le parc est habité par différentes ethnies.L'essor touristique est une des composantes du projet. À l'heure actuelle, le parc n'accueille qu'environ 500 visiteurs par jour et l'augmentation de leur nombre aiderait à réduire la pauvreté dans la région. Le défi consiste à s'assurer que les populations locales tirent un avantage économique de la création du parc, mais non au détriment de leur culture et de leur milieu de vie. Tourisme et cultures Le Sherpa Ang Rita est responsable des centres d'hébergement pour randonneurs, comme ces pavillons intégrés à l'environnement qui seront laissés à bail à des logeurs. «Beaucoup pensent que le tourisme est bénéfique car il est source de revenus», affirme-t-il. Mais les Népalais ne se rendent pas compte que leurs traditions pourraient être menacées car «la culture et le tourisme sont liés», avoue-t-il non sans inquiétude.De retour à Namche Bazar, le Sherpa Anu soupire lorsqu'on l'interroge sur la survie culturelle de son peuple. Comme s'il s'agissait d'une question à laquelle il ne cesse de répondre... «Entrez», nous fait-il signe. Dans les pièces réservées à la famille, l'antenne parabolique occupe un coin. Sur toute la longueur du mur opposé, trône un autel bouddhiste richement décoré de dragons et autres animaux mythiques. Il sourit en devançant déjà la question suivante : «Le bois ne vient pas du parc !» Elizabeth Kalbfuss est journaliste au quotidien montréalais The Gazette. Elle voyage au Népal comme envoyée spéciale de l'agence de presse Gemini grâce à une bourse octroyée par le CRDI. |
| Népal 1998, dernière
mise à jour : 21 août 2007. Contact avec Liliane HIERRO. lilhierro@hotmail.com |
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